BOURDUT Antoine, BOURDUT Jean Charles, BOURDUT François Antoine

Capture moulin
Moulin de Farouille – photo des actuels propriétaires

Pierre Marien Bourdut est meunier au moulin de Farouille sur la commune de Lussat, comme l’était son père avant lui lorsqu’il épouse le 27 octobre 1871 à la mairie de Lussat Jeanne Rebierre. Le couple s’installe au moulin au bord de la Tardes ou Pierre travaille. C’est ici que naissent leurs cinq enfants :

– Jean Jules, le 8 mai 1873

– Antoine, le 8 mars 1877

– Françoise, le 30 décembre 1878

– Jean Charles, le 5 mai 1884

– François Antoine, le 22 septembre 1889

La famille connait un premier deuil lorsque le 10 mars 1890, Jean Jules qui n’a pas encore 17 ans, meurt. Ils ne le savaient pas encore mais ce siècle qui s’annonce sera terrible pour eux.

  • Antoine

BOURDUT Antoine (2) - Copie

Antoine suit les traces familiales et embrasse le métier de meunier.

Il fait partie de la classe 1897, bureau de recrutement Guéret, matricule 1546.

Pour la partie active de son service militaire Antoine est incorporé au 107e Régiment d’Infanterie comme soldat de 2ème classe le 15 novembre 1898. Cette affectation le conduit par deux fois en Algérie, il y passe huit mois en 1899 et six mois en 1900. Après trois ans sous les drapeaux il est envoyé dans la disponibilité avec certificat de bonne conduite le 29 octobre 1901 et il retrouve son moulin.

Le 9 septembre 1904 à la mairie de Gouzon il épouse Anne Augustine Giraud et le couple s’installe à Farouille au moulin où ils accueillent leurs deux enfants, Marie Louise l’ainée née le 7 novembre 1905 et Pierre Émile le cadet né le 22 juillet 1910. Comme beaucoup de creusois c’est au 78e Régiment d’Infanterie qu’il effectue ses deux périodes d’exercices, d’abord à la fin de l’été 1904 puis au printemps 1907.

Il n’en a malheureusement pas fini avec l’uniforme garance, le 1er août 1914 la mobilisation générale est annoncée et bien que passé dans l’armée territoriale depuis 3 ans Antoine est concerné. Le 14 août 1914 il est à la caserne du 91e Régiment d’Infanterie Territoriale de Guéret. C’est là qu’il apprend, peut-être, la mort du plus jeune de ses frères François, le 28 août.

Très vite il faut compenser les pertes humaines au front, les plus jeunes « territoriaux » sont intégrés dans les régiments au front. C’est le cas d’Antoine qui le 14 octobre est basculé au 204e Régiment d’Infanterie et qui rejoint son nouveau régiment dans l’Aisne, ou il va passer plusieurs mois gardant les tranchées des secteurs de Pernant, Mercin, La Montagne Neuve, les pertes sont importantes, les conditions de vie terribles, ce premier hiver est très difficile pour les hommes. Après l’Aisne, Antoine est en Artois à partir du mois d’avril 1915, il est tour à tour dans les tranchées d’Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais) et dans celles des secteurs de Souchez (Pas-de-Calais) ou de Béthune (Pas-de-Calais). Après une courte période à l’arrière pendant la deuxième quinzaine de décembre 1915, le régiment d’Antoine est envoyé dans la Marne ; d’abord pour organiser des secteurs puis pour défendre Verdun au bois des Buttes que l’armée prussienne vient d’attaquer violemment. Antoine est blessé puis évacué, malheureusement le corps médical ne peut le sauver, le 23 mars 1916 à l’ambulance 1/55 basé à Romain (Marne) Antoine Bourdut décède de ses blessures. Il avait 39 ans, il laisse une veuve et deux enfants de 5 et 10 ans.

Son corps, après guerre, a pu être rendu à sa veuve et ses parents, il repose dans le caveau familial du cimetière de Lussat. Sur la plaque qui rappelle son souvenir Antoine pose en tenue civile, il s’agit probablement de sa photo de mariage.

BOURDUT Antoine (1) - Copie

 

  • Jean Charles

BOURDUT Jean Charles  (2) - Copie.JPG

Comme son père et son frère Antoine quelques années avant lui Charles est meunier de profession, ils travaillent en famille.

Il fait partie de la classe 1904, bureau de recrutement de Guéret, matricule 1141.

Lors des conseils de révision 1905 et 1906 Charles est ajourné pour faiblesse. Il est classé dans les services auxiliaires, 6ème partie de la liste, en 1907, il ne fera donc pas de service armé. Sa vie s’écrit au moulin au bord de la Tardes.

Lorsque sonne la mobilisation générale le 1er août 1914 Charles, qui ne peut être affecté à aucun service armé, est renvoyé vers la commission spéciale de réforme de Guéret du 6 novembre 1914. Est-ce que sa forme physique est meilleure que précédemment ou bien est-ce parce qu’on craint de manquer d’hommes au front mais Charles est classé service armée cette fois-ci. Le 3 janvier 1915 il commence au 78e Régiment d’Infanterie une courte période de formation militaire qui le conduit ensuite dans les rangs du 342e Régiment d’Infanterie qui est alors à l’offensive en Champagne, il découvre la vie de tranchées. D’abord la froid, la neige et l’humidité de cette d’hiver avant de laisser place à la chaleur étouffante de l’été ; le manque d’eau, la peur, les poux, la vermine, les cadavres avec lesquels il faut cohabiter. Les offensives à mener, les contres offensives adverses à stopper, puis les premiers gazages, le pilonnage de l’artillerie adverse toujours plus violent. A partir de septembre 1915, le 342e Régiment d’Infanterie est au Mont-Tétu puis à Tahure dans les tranchées de la Marne. Début 1916, l’armée allemande lance une terrible offensive dans le secteur de Verdun, Charles avec son régiment y sont déployé en renfort. En avril ils s’installent dans les tranchées du secteur de Fleury-sous-Douaumont, devenu par la suite village martyr. Cette terrible bataille est fatale à Jean Charles Bourdut qui est tué à l’ennemi le 23 août 1916 dans le secteur de Thiaumont à Douaumont (Meuse), il avait 32 ans.

Si son corps ne repose pas dans le cimetière de son village natal, une plaque souvenir rappelle son sacrifice ultime, son portrait réalisé dans les premiers jours de 1915 nous montre Charles au moment de son départ à l’instruction.

BOURDUT Jean Charles (1) - Copie

 

  • François Antoine

BOURDUT François Antoine (1) - Copie

Le cadet de la famille marche sur les traces familiales, il est lui aussi meunier au moment de son conseil de révision.

Il fait partie de la classe 1909, bureau de recrutement Guéret, matricule 1164.

Après son conseil de révision François est incorporé au 100e Régiment d’Infanterie de Tulle (Corrèze) comme soldat de 2ème classe ; le 3 octobre 1910 il est promu soldat de 1ère classe, puis bascule dans la disponibilité le 25 septembre 1912 avec certificat de bonne conduite.

Il retrouve alors pour un temps ses frères et ses parents, sa vie au moulin et son métier de meunier, mais pour un temps bien court.

Le 1er août 1914 sonne la mobilisation générale, contrairement à ses deux ainés, François est sur le départ dès le lendemain et le 3 août il retrouve la caserne tulliste du 100e Régiment d’Infanterie avec les appelés. Le 8 août c’est le départ par voie de chemin de fer pour l’Argonne et la Belgique, le surlendemain commence la marche manœuvre jusqu’au 21 du mois ou le 100e Régiment d’Infanterie franchit la frontière belge, la guerre commence alors vraiment pour François avec ce mot d’ordre « attaquer l’ennemi partout ou on le rencontrera ». Le 24 août 1914 le combat a lieu, les première pertes sont grandes il y a énormément de disparus. Porté disparu c’est ce que arrive le 28 août 1914 à François Antoine Bourdut à la Besace (Ardennes) comme 181 soldats du 100e Régiment d’Infanterie dont 36 creusois. Il avait 24 ans.

Une plaque souvenir avec son portrait militaire, et au texte émouvant, rappelle sur le caveau familial, qu’il est mort en faisant son devoir après seulement 25 jours de campagne.

BOURDUT François Antoine (2) - Copie

 

 

Pierre Marien et Jeanne ont perdu en vingt-quatre mois dans les horreurs de la Grande Guerre leurs trois fils, les laissant face à chagrin terrible que l’on ne peut pas même imaginer.

Anne Augustine la femme d’Antoine ne se remariera pas et élèvera leurs deux enfants en partie à Gouzon ou elle vivra jusqu’en 1954.

Louis Rouffet, leur gendre, le mari de leur fille Françoise, classe 1898 bureau de recrutement Guéret matricule 1491, est lui aussi mobilisé en 1914 mais dans les services auxiliaires, il vivra la guerre de l’intérieur servant tour à tour dans l’infanterie, l’artillerie puis les sections d’infirmiers militaires. Il sera démobilisé le 13 février 1919 et retrouvera son épouse et son fils.

Pierre Marien et Jeanne porteront ce deuil très longtemps, ils s’éteignent chez eux à respectivement 89 et 91 ans, laissant à Jeanne le temps de voir le monde plonger une seconde fois dans l’horreur de la guerre mondiale, la faisant trembler pour son petit fils Pierre Emile, qui fera la drôle de guerre et la campagne de 1940, comme elle avait tremblé pour ses fils entre 1914 et 1916.

 

 

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